Congrès de Jérusalem Mai 1996


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SUZANNE. D, K. DIECKEMANN, JC. ROLLAND. Psychic impact of organs transplants in adolescents with CF. Israël Journal of Medical Sciences. 1996,Vol.32 supplement,S194


Cette communication n’est pas traditionnelle dans un congrès médical puisque je n’ai pas de chiffres à vous communiquer mais les résultats d’une étude entreprise pour une thèse de doctorat de psychologie clinique de l’adolescent. Il s’agit d’une étude qualitative des processus psychologiques pendant la transplantation et qui ne peuvent être exprimés en chiffres. Cette étude utilise la méthodologie classique de la psychologie clinique : entretiens, tests projectifs et analyse des contenus des entretiens et des tests. La compréhension des phénomènes subjectifs de la vie psychique de chaque patient peut aider considérablement les médecins et les équipes soignantes à une meilleure prise en charge (holding), à une meilleure réussite de la greffe et à une meilleure adaptation sociale des transplantés après la greffe.

On peut estimer à environ 600 (six hundred) le nombre des patients atteints de mucoviscidose ayant bénéficié d’une transplantation pulmonaire à travers le monde.

La première diapositive montre l’évolution des transplantations pulmonaires en France dans la mucoviscidose.

L’âge moyen des receveurs se situe entre 20 et 25 ans.

Notre recherche ne concerne qu’un petit nombre de patients.

La moyenne d'âge globale est de 20 ans.

Dans le premier groupe il s’agit de patients en attente d’une transplantation. Ils sont plus jeune que dans le second groupe. (M: 17 ans)

Nous avons proposé aux patients concernés un ou deux entretiens psychologiques de recherche. Ces entretiens ont lieu en milieu hospitalier ou au domicile du patient selon les possibilités. Ils sont enregistrés au magnétophone et retranscrits en tenant compte de l'anonymat.

Il s'agit de repérer dans le discours du sujet, les événements, situations, les mots qui vont dévoiler sa problématique personnelle et l'articulation de la transplantation d'organe dans cette thématique. Au cours de l'entretien, l'écoute doit être libre pour respecter le texte de celui qui parle; un minimum de questions aussi ouvertes que possible pour:

- Permettre au sujet de se situer dans le moment présent du projet ou de la réalisation de la transplantation,

- Décrire ce qu'il perçoit de sa maladie,

- Exprimer ses réactions actuelles

L'entretien prend en compte les associations d'idées du sujet qui vont peu à peu révéler son univers, ses relations inter-familiales, interpersonnelles et intra-personnelles.

A la suite de l'entretien, proposition du test de RORSCHACH (passation standardisée) et du Thematic apperception test de MURRAY (selon technique de l'école française). Ces tests projectifs sont un moyen d'approfondissement des données de la psychologie clinique.

A la naissance d’un enfant CF, les parents, et les soignants prennent en charge la fonction respiratoire et l’angoisse de mort qui y est attachée. Cependant l’enfant doit fournir un effort psychologique considérable tout au long de la maladie pour cracher et pour pouvoir respirer. L’enfant CF ne sera jamais autonome, il a besoin en permanence d’une aide de kinésithérapie. Il a besoin d’une protection psychologique contre l’angoisse. L’enfant CF vit et se développe psychologiquement comme les autres enfants.

Le déni est un mécanisme de défense psychologique qui permet à l’enfant CF pour se protéger contre l’angoisse de mort. Comme  chacun d’entre nous l’enfant malade se croit immortel.

Le retard de croissance pubertaire (environ 3 ans)

L’adolescence est un moment particulier de l’histoire de chaque individu. Elle est une restructuration complète des enjeux psychiques mais elle vient à passer au second plan lorsque les enjeux vitaux prennent le dessus. L’annonce de la transplantation force les processus psychiques à une restructuration rapide des relations objectales.

Le greffon est l'objet d’une ambivalence fondamentale : la vie et la mort  y sont profondément intriquées. Il nous apparaît que, pour pouvoir recevoir un organe d’un donneur mort, l’adolescent est dans l’obligation d’élaborer une représentation psychique du donneur et/ou de sa famille. Cette élaboration a pour fonction de tenir à distance l’angoisse de mort. Le donneur devient un être de chair et de vie, inclus dans un milieu familial. Le greffon est alors paré des attributs du donneur, il y puise ses qualités et son énergie qui vont se transmettre au receveur.

la transplantation pulmonaire permet à ces adolescents d’accéder enfin au statut d’adulte. Ils y trouvent une nouvelle autonomie psychique et psychologique, un nouvel équilibre allié à une jouissance du fonctionnement corporel, à une jouissance du fonctionnement respiratoire. Cependant la transplantation nécessite une surveillance constante et des traitements anti-rejets aux effets secondaires qui peuvent modifier considérablement l’image corporelle.


CONCLUSIONS  ET RECOMMANDATIONS

Respecter les défenses

Le déni de la maladie est un mécanisme protecteur du moi de l’adolescent. Il le protége contre les angoisses excessive et déstructurantes de sa personnalité.

Laisser le temps pour permettre l’adaptation psychologique

L’annonce de la transplantation est une remise en cause violente de l’équilibre antérieur. Elle doit avoir lieu 1 à 2 ans avant pour permettre une adaptation psychologique car l’adolescent refuse le plus souvent et il a besoin de 6 mois à un an pour pouvoir l’accepter. C’est le  temps nécessaire du “graft working act”

Il s’agit d’une crise existentielle

©Daniel 2017