Book Presse


Le républicain Lorrain

Pourquoi y a-t-il autant de freins – culturels, religieux, sociologiques – au don d’organes ?

Daniel SUZANNE, psychologue et formateur : « Penser à la mort n’est pas facile, surtout à sa propre mort. On ne peut pas s’imaginer mort, qui reste du registre de l’inconnaissable comme le disait par exemple le philosophe Martin Heidegger. Quand on est vivant, on n’a pas l’expérience de la mort et quand on est mort, on ne peut plus la penser. Freud en fait un grand principe : dans l’inconscient, la mort n’existe pas. C’est une des grandes ambiguïtés de l’espèce humaine ».

Comment réagir face à la question du don d’organes ? « Pour résumer, il y a forcément la question de l’altruisme, cette disposition qui permet de se tourner vers l’autre, fondé sur une culture collective, familiale. Sur le don, la formation est essentielle. C’est ce que j’observe de mon point de vue (1) de formateur. Il est difficile de recevoir le consentement des familles ».

Quelles attitudes observe-t-on dans ce moment critique du recueil du consentement ? « En région parisienne, nous avons observé des réactions de gens en très grande précarité qui disaient qu’ils n’avaient rien reçu de la société donc qu’ils n’avaient pas à lui donner ses organes. Une étude a établi qu’un des premiers motifs de refus des proches est lié au mauvais accueil à l’hôpital et à l’absence de confiance entre les proches du défunt et les soignants. Le premier, c’est évidemment "on n’en avait pas parlé avant (avec le défunt), donc on ne peut pas prendre la décision à sa place". Enfin, il y a forcément le problème de l’intégrité du corps ».

La société est-elle toujours très marquée par le poids de la religion ? « Il y a eu une sécularisation des corps et de la mort. Avant, c’était le prêtre qui l’établissait ; en substance, le corps appartenait à Dieu et l’homme ne pouvait pas en disposer à sa guise. Après la Révolution française, ce sont les officiers d’état civil qui ont assumé cette charge ; enfin, aujourd’hui, c’est le médecin qui a la responsabilité de dire que c’est fini. Mais il existe un reste religieux important dans l’inconscient collectif, alors même que toutes les religions autorisent le don d’organes sans s’opposer aux rites ».

Le moment où les familles sont confrontées à la question est évidemment très sensible… « Oui, bien sûr. Parce que la question du don télescope les premières phases du deuil, où les proches sont dans le déni, la culpabilité voire l’angoisse. Il ne faut pas aller trop vite alors même que les décisions restent urgentes. L’accueil s’est beaucoup amélioré dans les services de réanimation même si tout se passe dans un moment de grande souffrance pour les familles. Parmi les éléments qui pèsent dans la décision du don, il y a, je crois, l’idée qu’ont les proches, que le défunt continue de vivre. Dans le corps d’un autre ».


  1. (1)Daniel Suzanne est formateur pour l’Agence de biomédecine et notamment les coordinateurs du don d’organes.http://suzannd.free.fr/




Propos recueillis par Alain MORVAN.

Lien vers l'article en ligne 

Maxi : Don d’organe et de tissus, pourquoi cela nous fait si peur? : L’avis du psy

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Nouvelle République : L'hopital soigne la douleur



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Recopie de l’article «Tousser...» sur le site de l’association Grégory Lemarchal

Tousser, cracher, respirer.
Impact psychologique de la respiration et de l’expectoration dans la mucoviscidose.



Recherche à l'attention du corps médical

par D. Suzanne, K. Dieckmann, C. Lefranc, C. Maurage, J-C. Rolland




RÉSUMÉ

Les patients atteints de mucoviscidose ont, chaque jour, l'obligation vitale de cracher. Ils doivent fournir un effort physique et psychologique important, surmonter la honte, le dégoût, le regard des autres et l’épuisement.
L'étude s'attache à analyser d'où proviennent les peurs et les dégoûts liés au crachat et à comprendre les connotations actuelles et anciennes, sociales, culturelles et psychologiques de l’expectoration de l’air et du souffle. Le dégoût s'apprend, il se désapprend également. Il vient combattre l'érotisme oral pour assurer à l'individu son entrée dans le monde social adulte. De même, la fonction respiratoire et ses composantes : l’air, le souffle, le poumon, ont de nombreuses connotations symboliques qui leur confèrent une place importante dans la dynamique psychologique individuelle. Pour les patients atteints de mucoviscidose, cracher, est un interdit social et culturel, signe d'injure et de mort ; mais cracher exprime surtout la lutte contre la maladie et pour la vie. C’est pour eux une grande jouissance de retrouver le souffle après une transplantation pulmonaire.
Cette analyse peut aider les soignants à mieux comprendre et maitriser leurs propres attitudes et comportements vis à vis des crachats et ainsi, à mieux soigner les patients atteints de mucoviscidose.

interview sur le site transplantation .net de Novartis 3

L'annonce d'une transplantation : les parents face à leurs enfants

 

Rédigé en collaboration avec Marie-Claire Paulet, présidente de France-Adot, fédération des associations pour le don d'organes et des tissus humains, et Daniel Suzanne, docteur en psychologie et auteur d’une thèse sur le travail de la greffe.

Apprendre à un enfant que son père ou sa mère va bénéficier d’une transplantation n’est pas forcément aisé. Lui expliquer que c’est grâce à l’organe d’un autre que cela va aller mieux peut être difficile. Et pourtant, ils ont souvent moins de tabous que les adultes.

Sophie avait 14 ans quand sa mère a été greffée du cœur. Pas facile pour Jeannick et son mari de trouver les mots justes. Ils ont d’abord fait appel à une amie qui a pris Sophie à part et lui a expliqué simplement la transplantation. Peu de jours après, une émission de télévision sur le thème de la greffe a permis à l’adolescente et son père d’en discuter sereinement ensemble.
Parler à ses enfants de la greffe à venir peut être délicat pour le futur transplanté, en proie lui-même à de multiples émotions. Il faut néanmoins trouver les mots pour expliquer que c’est l’organe d’un autre qui va lui sauver la vie. Une tierce personne - conjoint, membre de la famille, ami – peut ainsi jouer le rôle d’intermédiaire. Si le parent futur transplanté s’adresse directement à ses enfants, la présence du conjoint est souhaitable.

Le rapport à la mort
Lorsque la transplantation se fait à partir d’un donneur décédé, les parents craignent souvent de parler du donneur et surtout de sa mort. Pourtant, les enfants ont un rapport à la mort plus simple que leurs parents. Lors de campagnes d’information dans des lieux publics, Marie-Claire Paulet présidente de France Adot, fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains, note que les plus jeunes se montrent plus réceptifs et ont moins de gêne à parler de la mort. Si l’on s’intéresse aux adolescents transplantés, le psychologue Daniel Suzanne remarque que la majorité d’entre eux se posent peu de questions autour du nouvel organe. Ils l’intègrent rapidement et aspirent dans les plus brefs délais à un retour à la "normalité".

Les mots pour les petits…
Si chaque situation est particulière – le contexte familial entre en ligne de compte -, quelques conseils peuvent s’avérer utiles notamment d’adapter son langage à l’âge de ses enfants. Avant huit ans, il est difficile de savoir de quelle manière ils interprètent les mots. En règle générale, il est préférable d’attendre que le sujet vienne d’eux-mêmes et trouver des mots simples pour leur expliquer sans dramatiser. Pour les jeunes enfants, ce sont souvent les conséquences pratiques qui priment : combien de temps leur père ou leur mère va t’il (elle) être absent(e) ?, qu’est-ce qui va changer dans leur vie ? etc. Rassurer par des réponses claires et anticiper sur les changements à venir semblent des attitudes bien adaptées.

…Pour les plus grands…
Informer un adolescent est parfois plus difficile. Les réactions ne sont pas forcément celles attendues. La crainte de "perdre le contrôle" ou de se sentir dépassé peut entraîner une sorte de rejet. Il peut s’éloigner et ne pas vouloir parler du sujet. Dans ce cas, il est important pourtant qu’il puisse communiquer avec un adulte, apte à l’écouter et à remettre les choses dans leur contexte. Autre attitude possible de l’adolescent : la surprotection. Il peut ainsi avoir tendance à tout vouloir assumer. Reste qu’un adolescent n’est pas un adulte et que lui aussi a besoin d’être rassuré.

…Et pour la fratrie
Dans le cas particulier où c’est un frère ou une sœur qui est en attente de
greffe, le comportement des parents vis-à-vis des autres est important. Pour Daniel Suzanne, ils sont souvent "les oubliés de la famille". Préoccupés par l’enfant malade, les parents leur consacrent moins de temps. "Certes, reprend Daniel Suzanne, les parents sont très pris, mais ils peuvent peut-être compenser en qualité. Accorder une journée entière de temps en temps, de manière individuelle, au frère ou à la sœur de l’enfant greffé ou en attente de greffe peut être une bonne solution."".

L’essentiel
1/ Lorsque la décision est prise de parler de la greffe à ses enfants, le rôle du conjoint est important pour aider le patient à trouver les mots justes. Parfois, une tierce personne, moins impliquée affectivement, est plus apte à expliquer.
2/ Les enfants ont souvent un rapport plus simple à la mort.
3/ A chaque âge, un langage. Pour les plus jeunes, il convient souvent d’attendre leurs questions alors qu’il est possible de prendre les devants, avec délicatesse toujours, face à des adolescents.


 

 

Modifié le 02/08/2006


interview sur le site transplantation .net de Novartis

Le greffon : comment l'accepter

 

Rédigé en collaboration avec le Professeur Jean-Benjamin Stora, psychologue, hôpital Pitié Salpétrière, Paris, Daniel Suzanne, docteur en psychologie clinique ainsi que Brigitte transplanté.

Derrière l’aspect médical de la transplantation, il y a aussi toute une symbolique. Il s’agit d’accepter l’organe d’autrui et de se l’approprier. Un processus parfois complexe.

Etre transplanté, ce n’est pas seulement échanger un organe malade contre un organe sain, c’est aussi vivre avec une partie de soi qui vient d’un autre. Face à cela, chaque individu réagit de manière propre, selon son histoire. Dans la majorité des cas, le travail d’appropriation du greffon se fait assez rapidement ; l’organe d’autrui devient sien quasi naturellement. Toutefois, pour certains patients, cela peut se révéler plus difficile. Le professeur Jean-Benjamin Stora dans son ouvrage Vivre avec une greffe, accueillir l’autre1, évoque par exemple les patients qui donnent une identité à leur nouvel organe. "Certains se protègent en rendant hommage quotidiennement à leur greffon, souvent en [lui] donnant un nom, afin de se concilier [ses] bonnes grâces. Ils ne veulent pas que le greffon les rejette, ils le remercient".

Quand l’organe devient sien
Toute la difficulté dans ce processus d’acceptation du greffon réside dans la transition entre le fait de penser l’organe comme celui d’un autre et celui de se l’approprier : "c’est mon cœur, mon foie, mon rein, etc." Et derrière cette acceptation, il y a aussi parfois la notion de rejet. Dans le film Du panser au penser, une patiente récemment greffée parle de son nouvel organe comme "ce truc" en elle. L’infirmière qui la suit se montre inquiète du comportement de sa patiente. En effet, cette dernière a aussi des problèmes d’observance vis à vis de son traitement immunosuppresseur (cf. lien glossaire). Sans établir de lien systématique, il est pertinent de penser que le patient qui voit toujours l’organe greffé comme une corps étranger, pourra éventuellement aller, et ce de manière quasi-inconsciente- jusqu’à tout faire pour détruire ce corps étranger.

Le rôle du psychologue
Daniel Suzanne, psychologue, a longtemps travaillé auprès d’adolescents en attente de greffe. Pour lui, le processus d’acceptation du greffon doit débuter dès l’annonce de la transplantation. C’est pourquoi très souvent les équipes médicales proposent aux patients de rencontrer un psychologue avant la greffe. Il s’agit d’évoquer ses peurs et ses doutes afin de les maîtriser. Pour la plupart des patients, cette visite pré-greffe ne semble pas utile. A ce moment là, ils sont dans l’attente d’un organe et se posent surtout des questions d’ordre médical, ne se projetant pas encore dans l’acceptation de l’autre. Brigitte K., membre de la Coordination des Transplantés d’Alsace, avait ainsi refusé de voir un psychologue avant sa double greffe rein-pancréas. "Après l’intervention, dans les jours qui ont suivi, je n’étais pas tout à fait à l’aise avec mon greffon. Je m’interrogeais beaucoup sur le donneur, sur la symbolique de l’organe. J’ai donc pris contact avec le psychologue de l’équipe de transplantation. Et quelques séances ont suffi pour qu’aujourd’hui, je parle de MES organes lorsque j’évoque mon rein ou mon pancréas."

L’identification au donneur
Daniel Suzanne, dans son essai Croire au greffon2, évoque l’amalgame, entre greffon et donneur ressenti par le receveur,. "L’adolescent vit le plus souvent la relation au greffon sur un mode qui implique, plus ou moins implicitement son identification au donneur." Le greffon est alors paré des vertus et des défauts du donneur tels qu’imaginés par le receveur. Derrière ce mécanisme, se cache souvent la difficulté pour le patient greffé de se dire qu’un autre a dû mourir pour que lui vive. La relation qu’entretient le receveur avec le donneur est ainsi primordiale dans le mécanisme d’acceptation du greffon. Jean-Benjamin Stora explique que chaque personne transplantée vit différemment cette relation "virtuelle" au donneur. Il identifie deux extrêmes : "Certains patients veulent ignorer de façon définitive qui a été le donneur ; d’autres se renseignent et, sans connaître l’identité exacte, apprennent que le donneur habitait dans telle ou telle ville. Ils effectuent alors des pèlerinages annuels ou bien font une prière dans une église, ou créent un rituel magique de remerciements."3 Là encore, un travail avec un psychologue peut aider le patient notamment en le déculpabilisant vis-à-vis du donneur. Il n’a pas entraîné la mort de ce dernier. Souvent, pour les patients qui en ressentent le besoin, le fait d’écrire une lettre de remerciements anonyme à la famille du donneur peut aider le processus d’acceptation du greffon.

L’essentiel
1/ Le processus d’acceptation du greffon se fait de manière quasi-naturelle dans la majorité des cas.
2/ La non observance du traitement immunosuppresseur peut être liée à la difficulté que ressentent les patients à accepter ce "corps étranger" en soi.
3/ L’aide d’un psychologue, souvent intégré au sein d’une équipe de transplantation, peut permettre à une personne greffée d’identifier les mécanismes en jeu derrière la non acceptation du greffon.

1 Jean-Benjamin Stora, Vivre avec une greffe, accueillir l’autre, Editions Odile Jacob, mars 2005, Paris, 305 pages
2 Daniel Suzanne, Croire au greffon, Adolescence n° 24, Bayard éditions, automne 1994 p.189-205.


 

 

Modifié le 02/08/2006

interview sur le site sociogreffes

Problématique : Le succès d'une greffe tient-il uniquement de l'acceptation du greffon dans ce corps ?

* pour tout mots soulignés, se référer au lexique.

I) Donneur-receveur et l’entourage :

  1. Le lien entre donneur et receveur :

Est-il possible de voir les personnes qui bénéficieront du greffon ?
Le receveur peut-il rencontrer la famille du donneur ?

Définie par la loi de bioéthique, la base du don d'organes est l'anonymat. L'anonymat entre le donneur et le receveur est ainsi respecté. Il a pour but de faciliter le deuil de la famille du donneur et d'éviter des pressions éventuelles de la part d'une des familles envers l'autre. Tout est fait pour que le greffé reprenne une nouvelle vie et que la famille du donneur surmonte le deuil. Elle pourra être informée du résultat des greffes par les équipes médicales.

Don d’organe, don de vie.
Les médecins doivent aujourd’hui faire face à une pénurie d’organes, responsable de plus de 200 décès chaque année. A l’origine de ce terrible bilan, un taux de refus qui reste élevé. Pourtant, les greffes permettent de sauver des milliers de personnes.
Quand une mort permet de sauver des vies, nous ne pouvons pas rester indifférents. Nous sommes tous des donneurs potentiels.
En parler, c’est agir !
"Nous sommes restés une heure dans une salle d’attente avant d’apprendre que Virginie, 29 ans, était en état de mort encéphalique et que c’était fini. Elle avait été transférée dans un "service d’ultime réanimation" et l’attente reprit pour moi dans une ambiance irréelle. Quand ma soeur s’approcha de moi, je savais ce qu’elle allait demander et j’ai répondu : je suis d’a ord pour que Virginie donne s
 

Que faire en tant que proche ?

L’entourage doit respecter le choix du malade d’être accompagné dans le traitement. Ils peuvent aussi refuser de prendre part au processus de soin.  Vous pouvez aussi refuser de prendre part au processus de soin. Tout comme la personne malade, ils ne sont pas préparé à cette épreuve. Certaines personnes peuvent se sentir désemparé et que la peur de perdre un être cher bouleverse la vie quotidienne.

Don d’organe, don de vie

Les médecins doivent aujourd’hui faire face à une pénurie d’organes, responsable de plus de 200 décès chaque année. A l’origine de ce terrible bilan, un taux de refus qui reste élevé. Pourtant, les greffes permettent de sauver des milliers de personnes.

Quand une mort permet de sauver des vies, nous ne pouvons pas rester indifférents. Nous sommes tous des donneurs potentiels.

En parler, c’est agir !

"Nous sommes restés une heure dans une salle d’attente avant d’apprendre que Virginie, 29 ans, était en état de mort encéphalique et que c’était fini. Elle avait été transférée dans un "service d’ultime réanimation" et l’attente reprit pour moi dans une ambiance irréelle. Quand ma soeur s’approcha de moi, je savais ce qu’elle allait demander et j’ai répondu : je suis d’accord pour que Virginie donne ses organes. Après l’opération, ma fille nous a été rendue environnée de mimosas ; elle était très belle. J’ai été contente de savoir que grâce à Virginie, quatre vies avaient été sauvées et que deux personnes avaient retrouvé la vue"*.

Ce témoignage permet d’appréhender un don de soi à une personne inconnue, acte ultime de solidarité. Provoquer l’échange au sein de chaque famille ou entre amis, telle est la première étape de cette formidable aventure. Mais outre la rareté de ce diagnostic de mort encéphalique, cette situation est le résultat d’une forte proportion de refus de don, stable autour de 35 % depuis plusieurs années.


Témoignages, pour vaincre l'indifférence
 

Parler du don d'organes, envisager pouvoir aider la vie au-delà de la mort… Cette possibilité est parfois difficile à envisager. On ne se voit souvent ni donneur ni receveur. Voici les témoignages de famille de donneur et de greffés pour mieux vaincre cette indifférence !

Parler du don d'organes

Aborder le thème du don d'organes, c'est envisager sa propre mort… Pas facile, mais quand une mort permet de sauver des vies, nous ne pouvons pas rester indifférents.

"Dans ma famille, la mort, on n'en parlait pas ; c'était une manière pour nous de conjurer le sort. Cela faisait peur. Un jour, la discussion est venue sur le sujet : qui était prêt à donner ou non, un de ses organes après sa mort ? Pas facile de lever un tabou. Dire que l'on se sent mieux de parler de la mort serait mentir. Mais maintenant nous nous savons capables d'en discuter ensemble et comprenons la nécessité de choisir de donner ou non ses organes et tissus après notre mort.

Si par malheur, un jour, un médecin nous pose la question : "votre parent était-il d'accord pour faire le don d'un de ses organes ?", nous ne serons pas surpris et nous pourrons répondre instantanément. Aujourd'hui, nous nous sentons solidaires des malades en attente de greffe et comprenons l'inquiétude et l'angoisse de leur famille... alors que nous ne les connaissons pas".

Isabelle, 33 ans Région parisienne

Donner pour sauver des vies

Le nombre de mort encéphalique ne représente que 0,3 % de tous les décès. Ces états sont donc très rares, tout comme les prélèvements d'organes qui reposent sur l'acceptation du don d'organes ou de tissus. Face à l'annonce d'une telle mort, il faut non seulement concilier la perte d'un être cher mais aussi le respect de sa volonté de donner d'organes. Au-delà de la mort, cette ultime générosité peut changer la vie de personnes en attente de greffes

"Il y a 4 ans, Max, mon mari est mort à 33 ans. Photographe, il se déplaçait souvent. Fauché par une voiture, il est tombé dans le coma. Le lendemain, on m'a appris qu'il était en état de "mort encéphalique". L'équipe médicale m'a demandé s'il était favorable au don d'organes. Nous en avions parlé un an auparavant à l'occasion d'une émission de télévision. Nous étions tous les deux d'accord. Mais en parler c'est une chose : le jour où ça nous tombe dessus, c'est différent.

J'ai accepté : j'ai été soulagé de prendre cette décision même si ce n'est pas facile d'assumer cette responsabilité. Ce qui m'a aidée dans cette épreuve, c'est que j'allais avoir notre deuxième enfant une semaine plus tard puisque j'étais enceinte de plus de huit mois. Je n'ai pas eu le temps de me laisser aller. Aujourd'hui, j'ai envie de témoigner pour aider les gens qui attendent des organes : qu'ils continuent à espérer, de croire en la bonté des gens, à leur générosité".

Caroline, épouse de Max, Paris

Donner de son vivant

Certains dons sont possibles entre vivants pour les greffes de rein, de foie, de moelle osseuse dans le cas de maladies du sang et de poumon. L'intervention comporte toujours un risque pour le donneur. Cette pratique est encore peu répandue en France. Enfin, la loi limite actuellement le cercle des donneurs de ce type à la famille proche (parents, frères, soeurs, enfants, conjoints). Le projet de révision de la loi de bioéthique de 1994 encore en attente prévoit de l'étendre à toute personne ayant avec le receveur une relation étroite et stable.

Définie par la loi de bioéthique, la base du don d'organes est l'anonymat. L'anonymat entre le donneur et le receveur est ainsi respecté. Il a pour but de faciliter le deuil de la famille du donneur et d'éviter des pressions éventuelles de la part d'une des familles envers l'autre. Tout est fait pour que le greffé reprenne une nouvelle vie et que la famille du donneur surmonte le deuil. Elle pourra être informée du résultat des greffes par les équipes médicales.

Les personnes greffées pensent souvent au donneur sans qui la greffe n’aurait pas été possible. Dans beaucoup de témoignages, on retrouve cette grande reconnaissance envers cette personne décédée et sa famille.

 

 

II) La greffe d’un point de vue médical :

  1. Le rejet :

Qu’est ce que le rejet ?

Tout organe provenant d’un être humain et greffé chez un autre être humain est considéré par l’organisme du receveur comme « étranger ». La conséquence est une réaction immunologique de défense de l’organisme du receveur visant à détruire le greffon. Cette réaction, si elle n’est pas prévenue, conduit à la perte du greffon, voire au décès de la personne greffée. Après la greffe, il est donc nécessaire de suivre un traitement immunosuppresseur qui diminue les défenses immunologiques et prévient ainsi cette réaction de rejet.

Le rejet suraigu :

Il se manifeste dans les heures qui suivent le rétablissement de la continuité vasculaire par un infarctus du transplant, parfois associé à une Coagulopathie de consommation. Des rejets suraigus peuvent survenir en l’absence d’anticorps préformés détectés par le cross match.

Le rejet aigu :

Il survient à partir du 4e jour après la greffe et se traduit par des signes généraux, fonctionnels et biologiques qui varient selon l’organe transplanté.

- Après transplantation rénale: le rejet aigu précoce plus fréquent au cours des premiers mois peut associer : fièvre, augmentation du volume ou de la sensibilité du greffon ... . Biologiquement, apparaissent une insuffisance rénale, une baisse de la natriurèse et parfois une protéinurie. La biopsie rénale permet le diagnostic et apprécie la gravité et l’étendue des lésions.

- Après transplantation cardiaque: le rejet aigu, plus fréquent dans les 6 premiers mois, est le plus souvent asymptomatique. Il est diagnostiqué par la surveillance échographique et histologique systématiques. Les signes cliniques ou électriques, beaucoup trop tardifs, témoignent d’un rejet aigu gravissime. La biopsie endomyocardique permet d’affirmer le diagnostic et de classer le rejet selon sa gravité histologique.

- Après transplantation pulmonaire: le rejet reste souvent asymptomatique et est diagnostiqué par la surveillance systématique clinique, spirométrique et radiologique (infiltrats interstitiels parfois seulement visibles au scanner). Les biopsies transbronchiques avec lavage broncho alvéolaire permettent de différencier l’infection du rejet, qui peuvent coexister, et d’apprécier la sévérité des lésions.

- Après transplantation hépatique: le rejet aigu peut être asymptomatique ou se traduire cliniquement par une asthénie, une fièvre, une hépatomégalie, une ascite ou un ictère. Souvent, seules des anomalies biologiques isolées, cholestase ou cytolyse hépatique, motivent la biopsie qui va confirmer le diagnostic.

- Après transplantation pancréatique : la survenue du rejet pose un problème diagnostique en l’absence de marqueur précoce du rejet du pancréas. En cas de greffe combinée rein pancréas, l’élévation de la créatinémie est considérée comme le marqueur le plus fiable du rejet pancréatique. La biopsie à l’aiguille, délicate techniquement et non dénuée de risques, reste d’interprétation difficile.

Le rejet chronique :

Le rejet chronique, d’étiologie multiple mais avant tout immunologique, est responsable d’une altération progressive et irréversible de la fonction du greffon. Histologiquement, il réalise une Vasculopathie chronique spécifique de l’organe greffé. Les lésions d’artériosclérose accélérée du greffon diffèrent de celles de l’athérome classique, car elles sont diffuses et circonférentielles, avec hyperplasie concentrique de l’intima, respectant la limitante élastique interne et d’évolution rapide en quelques mois.

La symptomatologie du rejet chronique varie selon l’organe greffé.

- Après transplantation rénale,il se traduit par une insuffisance rénale lentement progressive et une hypertension artérielle parfois associées à une protéinurie.

- Après transplantation cardiaque, se développe une coronaropathie chronique indolore, car l’angor est asymptomatique sur un coeur dénervé. L’apparition de signes cliniques d’insuffisance cardiaque est très tardive.

- Après transplantation pulmonaire, apparaissent des lésions de bronchiolite oblitérante avec symptômes d’insuffisance respiratoire chronique (dyspnée, surinfection).

- Après transplantation hépatique, le rejet chronique se traduit par une cholestase biologique isolée, puis par un ictère progressif évoluant vers une insuffisance hépatocellulaire.

- Après transplantation pancréatique, réapparaissent une insulinodépendance et/ou une insuffisance rénale en cas de transplantation rein pancréas.

Dans tous les cas, le seul traitement du rejet chronique est la retransplantation avec un risque de récidive accrue sur le deuxième greffon. Le meilleur traitement est avant tout préventif par le diagnostic et le traitement précoces des épisodes de rejet aigus et la lutte contre les autres facteurs de risque de la maladie athéromateuse.

 

  1. Traitement :

La dialyse :

 

Qu’est-ce que la dialyse ?

La dialyse est une technique qui permet de nettoyer le sang en retirant les déchets et l'excès d'eau. Il existe deux types de dialyse : l'hémodialyse et la dialyse péritonéale.

Durant l'hémodialyse, le sang circule à travers un rein artificiel. Le rein artificiel nettoie le sang à peu près de la même façon que le font des reins en santé. En général, le traitement doit être répété trois fois par semaine et chaque séance dure environ de trois à cinq heures.

L'hémodialyse peut être effectuée dans un centre de dialyse en milieu hospitalier, dans un centre de dialyse semi-autonome à l'extérieur de l'hôpital (où l'on se traite soi-même avec l'aide du personnel) ou encore à domicile avec l'aide d'un tiers. Une formation spéciale est requise pour effectuer soi-même l'hémodialyse dans un centre de dialyse semi-autonome ou à domicile.

La dialyse péritonéale fonctionne selon les mêmes principes que l'hémodialyse, mais ici le sang est nettoyé à l'intérieur du corps plutôt qu'à l'aide d'un rein artificiel. Votre abdomen comporte une cavité péritonéale tapissée d'une fine membrane, le péritoine, qui recouvre aussi les intestins et d'autres organes internes.

En dialyse péritonéale, on fait pénétrer un liquide spécial appelé dialysat dans la cavité péritonéale. L'excès d'eau et les déchets passent du sang dans le dialysat à travers le péritoine. Le dialysat est ensuite drainé hors de l'organisme pour être jeté.

On répète le processus de trois à cinq fois par jour (dialyse péritonéale continue ambulatoire ou DPCA) ou un appareil appelé cycleur fait les échanges la nuit pendant que vous dormez. Dans la plupart des cas, le traitement peut être effectué sans l'aide d'une autre personne, à la maison ou au travail.

La dialyse péritonéale est parfois effectuée à l'hôpital, mais plus souvent le patient reçoit une formation qui lui permet de l'effectuer seul, à la maison.

 

Le circuit extracorporel :

Il permet grâce à une ponction dans la fistule de prélever le sang du patient qui sera par l'intermédiaire
d'un tuyau amené au dialyseur où il sera épuré et ramené ensuite au patient en utilisant une deuxième
ponction dans la fistule.

1

Le patient arrive généralement transporté par un taxi, une ambulance ou sa voiture personnelle.

 

2

Il est pesé afin de calculer le poids à perdre. Entre les dialyses, le patient prend en effet du poids en raison des liquides qu'il absorbe et qu'il ne peut éliminer normalement par les voies urinaires.

 

3

La fistule est ponctionnée en deux endroits pour assurer un circuit sanguin extracorporel

 

4

Le sang est entraîné par une pompe à un débit moyen de 300 ml/heure. Il traverse le dialyseur puis il est restitué au patient.

 

 

 

5

Pendant les heures de dialyse, installé dans un lit ou un fauteuil, le patient peut lire, regarder la télévision, écouter de la musique, manger, dormir.

 

6

Au terme d'une séance de dialyse bien conduite, le patient doit partir en ayant retrouvé son poids de base dit poids sec qui correspond à une pression artérielle normale et à un état général satisfaisant.

Les traitements antirejet :

Parallèlement aux progrès incontestables de la chirurgie, l'amélioration du pronostic des greffes est aussi largement due à la découverte et au développement de médicaments qui permettent de prévenir le rejet. Après une greffe, la prévention du rejet passe donc toujours par une inhibition ou au moins une réduction des réactions immunitaires. Ces médicaments vont agir à différents niveaux des réactions immunitaires pour en limiter l’expansion et l’ardeur. Ce sont les immunosuppresseurs. Les premiers médicaments utilisés pour réduire les réactions immunitaires furent les corticoïdes et l’azathioprine. La ciclosporine A est utilisée pour la prévention du rejet de greffe rénale et s’impose comme l’immunosuppresseur de référence, en association avec les corticoïdes et ou l’azathioprine.

Un risque de cancer accru après et avant transplantation :

Le risque de développer un cancer après greffe est de 5 à 6 p. l00, 100 fois plus élevé que dans la population générale. Avant greffe, certains candidats ont eux-mêmes un risque accru de cancer, tel l’insuffisant rénal chronique chez qui la fréquence des tumeurs malignes est 7 fois plus élevée que dans la population générale ; de plus, l’effet leucémogène des alkylants (cyclophosphamide) et cancérigène de l’irradiation corporelle totale est bien démontré. Après greffe, l’immunosuppression augmente le risque lié à l’oncogenèse virale, avec des différences selon les substances utilisées ; plus accessoirement, la surveillance médicale intensive concourt à l’augmentation apparente de l’incidence des cancers.

Chez les transplantés d’organe, certaines tumeurs malignes se développent préférentiellement. Par rapport à la population générale, le risque relatif de lymphome est multiplié par 30 à 50, de cancer cutané par 4 à 20, de cancer du col utérin par l4, de cancer ano-génital par l00, de sarcome de Kaposi par 400, de cancer des voies urinaires par 6, de mélanome par 5 à l0, de leucémies par 4. Après greffe de moelle, le risque de tumeurs malignes secondaires à l0 ans est de l0 p. l00 : il s’agit essentiellement de lymphomes non hodgkiniens, de leucémies, de glioblastomes et de tumeurs solides variées. Si ces chiffres sont impressionnants, leur nombre absolu après greffe reste faible, car il s’agit de tumeurs peu fréquentes dans la population générale, hormis les cancers cutanés, d’excellent pronostic. Bien que réel, le risque tumoral n’intervient donc qu’en faible proportion dans la mortalité des patients.

 

 

III) La greffe d’un point de vue social :

  1. La réaction du greffé 

Comment accepter le greffon ?

Rédigé en collaboration avec le Professeur Jean-Benjamin Stora, psychologue, hôpital Pitié Salpétrière, Paris, Daniel Suzanne, docteur en psychologie clinique ainsi que Brigitte transplanté.

Derrière l’aspect médical de la transplantation, il y a aussi toute une symbolique. Il s’agit d’accepter l’organe d’autrui et de se l’approprier. Un processus parfois complexe.

Etre transplanté, ce n’est pas seulement échanger un organe malade contre un organe sain, c’est aussi vivre avec une partie de soi qui vient d’un autre. Face à cela, chaque individu réagit de manière propre, selon son histoire. Dans la majorité des cas, le travail d’appropriation du greffon se fait assez rapidement ; l’organe d’autrui devient sien quasi naturellement. Toutefois, pour certains patients, cela peut se révéler plus difficile. Le professeur Jean-Benjamin Stora dans son ouvrage Vivre avec une greffe, accueillir l’autre1, évoque par exemple les patients qui donnent une identité à leur nouvel organe. "Certains se protègent en rendant hommage quotidiennement à leur greffon, souvent en [lui] donnant un nom, afin de se concilier [ses] bonnes grâces. Ils ne veulent pas que le greffon les rejette, ils le remercient".

Quand l’organe devient sien

Toute la difficulté dans ce processus d’acceptation du greffon réside dans la transition entre le fait de penser l’organe comme celui d’un autre et celui de se l’approprier : "c’est mon cœur, mon foie, mon rein, etc." Et derrière cette acceptation, il y a aussi parfois la notion de rejet. Dans le film Du panser au penser, une patiente récemment greffée parle de son nouvel organe comme "ce truc" en elle. L’infirmière qui la suit se montre inquiète du comportement de sa patiente. En effet, cette dernière a aussi des problèmes d’observance vis à vis de son traitement immunosuppresseur (cf. lien glossaire). Sans établir de lien systématique, il est pertinent de penser que le patient qui voit toujours l’organe greffé comme une corps étranger, pourra éventuellement aller, et ce de manière quasi-inconsciente- jusqu’à tout faire pour détruire ce corps étranger.

Le rôle du psychologue

Daniel Suzanne, psychologue, a longtemps travaillé auprès d’adolescents en attente de greffe. Pour lui, le processus d’acceptation du greffon doit débuter dès l’annonce de la transplantation. C’est pourquoi très souvent les équipes médicales proposent aux patients de rencontrer un psychologue avant la greffe. Il s’agit d’évoquer ses peurs et ses doutes afin de les maîtriser. Pour la plupart des patients, cette visite pré-greffe ne semble pas utile. A ce moment là, ils sont dans l’attente d’un organe et se posent surtout des questions d’ordre médical, ne se projetant pas encore dans l’acceptation de l’autre. Brigitte K., membre de la Coordination des Transplantés d’Alsace, avait ainsi refusé de voir un psychologue avant sa double greffe rein-pancréas. "Après l’intervention, dans les jours qui ont suivi, je n’étais pas tout à fait à l’aise avec mon greffon. Je m’interrogeais beaucoup sur le donneur, sur la symbolique de l’organe. J’ai donc pris contact avec le psychologue de l’équipe de transplantation. Et quelques séances ont suffi pour qu’aujourd’hui, je parle de MES organes lorsque j’évoque mon rein ou mon pancréas."

L’identification au donneur

Daniel Suzanne, dans son essai Croire au greffon2, évoque l’amalgame, entre greffon et donneur ressenti par le receveur,. "L’adolescent vit le plus souvent la relation au greffon sur un mode qui implique, plus ou moins implicitement son identification au donneur." Le greffon est alors paré des vertus et des défauts du donneur tels qu’imaginés par le receveur. Derrière ce mécanisme, se cache souvent la difficulté pour le patient greffé de se dire qu’un autre a dû mourir pour que lui vive. La relation qu’entretient le receveur avec le donneur est ainsi primordiale dans le mécanisme d’acceptation du greffon. Jean-Benjamin Stora explique que chaque personne transplantée vit différemment cette relation "virtuelle" au donneur. Il identifie deux extrêmes : "Certains patients veulent ignorer de façon définitive qui a été le donneur ; d’autres se renseignent et, sans connaître l’identité exacte, apprennent que le donneur habitait dans telle ou telle ville. Ils effectuent alors des pèlerinages annuels ou bien font une prière dans une église, ou créent un rituel magique de remerciements."3 Là encore, un travail avec un psychologue peut aider le patient notamment en le déculpabilisant vis-à-vis du donneur. Il n’a pas entraîné la mort de ce dernier. Souvent, pour les patients qui en ressentent le besoin, le fait d’écrire une lettre de remerciements anonyme à la famille du donneur peut aider le processus d’acceptation du greffon.

Rédigé en collaboration avec le Professeur Jean-Benjamin Stora, psychologue, hôpital Pitié Salpétrière, Paris, ainsi que Guy et Brigitte transplantés.

Avant la greffe, attente, crainte et espoir se mêlent souvent indistinctement. Après, il faut apprendre à vivre avec.

"C’est la vie qui change", "c’est la vie qui reprend", "on passe de la survie à la vie", "on se rend compte de ce qui est vraiment important". En quelques citations, voilà ce que disent les patients greffés après leur transplantation. Parfois vécue comme une renaissance, la greffe semble apporter un bénéfice certain à celles et ceux qui l’ont vécue. S’il peut y avoir des moments difficiles, pour les patients interrogés, ce qui prime avant tout c’est que la greffe leur a permis de vivre et même plus encore. Jean-Benjamin Stora cite, dans son ouvrage Vivre avec une greffe, accueillir l’autre, un article passant en revue 114 études. Celles-ci ont porté sur 19 pays soit 10 595 receveurs d’organes. "Parmi les greffés du rein, 66,7% ont ressenti une amélioration corporelle, alors que les résultats des autres greffes sont "spectaculaires" puisqu’ils concernent 100% des réponses."

Une nouvelle vie avec un greffon inconnu :

Le changement physique

Schématiquement, deux profils de patients peuvent être transplantés. Certains comme Guy, menaient une vie tout ce qu’il y a de plus normale, sans maladie aucune. Un jour, un accident – cardiaque ou autre – les mène aux portes de la mort. La transplantation devient leur seule chance de survie. Après la greffe, la vie n’est plus tout à fait comme avant. Cela peut être, au début, dur à accepter. Alors que la personne n’était pas malade, elle se rend désormais régulièrement à l’hôpital, elle doit prendre un traitement quotidien et éventuellement faire attention à ce qu’elle mange, etc. Néanmoins, pour la majorité de ces patients, la greffe permet d’avoir une vie "normale" : exercice d’une activité professionnelle, voyages, relations sociales, sports, etc. Guy, par exemple, se félicite chaque jour de pouvoir profiter des petits bonheurs de la vie grâce à la transplantation cardiaque reçue il y a 18 ans.

D’autres patients comme Brigitte, ont vu arriver l’heure de la transplantation après des années de maladie. Depuis l’âge de onze ans, cette dernière était diabétique avec toutes les contraintes que cela impose d’autant plus qu’une insuffisance rénale l’a obligée quelques années après, à être placée sous dialyse. La transplantation est alors vécue comme un changement radical et surtout comme la liberté retrouvée. La prise quotidienne de traitements n’est pas grand chose par rapport à la possibilité retrouvée de sortir, de voyager, etc. De même, pour les patients atteints de mucoviscidose, la greffe les autorise pour la première fois de leur vie à respirer sans gêne, à monter un escalier sans être essoufflé, à participer à des activités physiques.

Le changement psychique

La transplantation a aussi une dimension psychologique. Le receveur doit apprendre à vivre avec un organe qui vient de quelqu’un d’autre et même se l’approprier. Pour la plupart des patients, ce mécanisme se fait de manière naturelle.
Très souvent, la personne greffée envisage la vie d’une autre façon, les priorités ont changé. Il s’agit de profiter de la vie au maximum. Les petits bonheurs sont devenus grands et les petits malheurs sont remis à leur juste place. Les patients transplantés ont envie d’une vie "normale".

Le changement social

Après la transplantation, le retour à une vie professionnelle est souvent possible. Certes, il s’agit d’ajuster dans son emploi du temps les visites de contrôle mais celles-ci s’espaçant dans le temps, ne constituent pas vraiment une contrainte. Peut-être que le plus difficile est plus de savoir ce qu’il faut dire ou non à ses collègues de travail et à ses responsables. Il n’y a pas de règle établie en la matière ; à

chacun de se décider à évoquer ou non la greffe selon les circonstances.
Au sein de la famille et de l’entourage amical aussi, des changements sont induits par la greffe. Les places de chacun peuvent être rediscutées et un nouvel équilibre peut être trouvé.

Témoignage parut dans "Le monde" le 01.02.2006 de Isabelle Dinoire première greffée du visage (triangle nez-lèvres-menton) en mai 2005 au CHU d’Amiens

 

 

Le commerce d'organes :

   La transplantation a pris une place très importante dans le traitement des affections rénales et dans d'autres types d'intervention. La technique de la transplantation a elle-même évolué très rapidement. L'optimisation des résultats a entraîné un accroissement rapide des demandes de transplantations au titre de thérapie, ce qui a fait particulièrement se développer la chirurgie de la transplantation. En conséquence, un fossé a commencé à se creuser entre la demande et l'offre d'organes. Un manque d'organes peut être le terreau de pratiques contestables. Le problème peut se poser tant au niveau national qu'international et engendrer un " tourisme médical ". Le commerce et le trafic d'organe sont des marchés qui s'organisent soit de gré par l'achat d'organes vendus " volontairement " soit de force par le rapt, le crime ou la fausse adoption. Le plus dramatique, c'est que de telles sombres transactions ont lieu dans diverses parties du monde. L'absence de réglementation stricte dans certains pays a permis le développement de réseaux de trafic d'organes. C'est le cas aux États-unis, en Amérique latine et dans toute une série de pays du tiers monde.

interview sur le site transplantation .net de Novartis 2

L'attente : une période difficile

 

Rédigé en collaboration avec Karinne Gueniche, psychologue, psychothérapeute, à l’Université de Caen, Daniel Suzanne, Docteur en psychologie clinique, Docteur Catherine Nafeh-Bizet, cardiologue, hôpital Charles Nicolle, Rouen, Professeur Jean-Benjamin Stora, psychologue, hôpital Pitié Salpétrière, Paris.

Une fois que le patient est inscrit sur la liste d'attente pour une greffe, une période souvent difficile débute. A l'angoisse de ne pouvoir être transplanté à temps se mêle la culpabilité d'espérer la mort d'une autre personne. Pourtant, cette période peut aussi être mise à profit.

Attendre, patienter, languir, espérer ; autant de synonymes qui reflètent la difficile période que vit le patient entre le moment où le diagnostic de greffe a été posé et celui de l'intervention. Pendant cette période, très variable dans le temps, la personne en attente de greffe se rend régulièrement au centre de transplantation ou chez son médecin si la distance géographique est trop importante. L'objectif est de contrôler l'évolution de la maladie à l'origine de la greffe ; s'il y a aggravation, le patient deviendra alors prioritaire sur la liste. Il s'agit aussi de vérifier qu'il n'y ait pas de nouvelle contre-indication à l'intervention. Au cas où un problème se pose, une infection par exemple, le patient est alors retiré provisoirement de la liste d'attente, le temps de traiter le problème. Puis il est replacé sur la liste d'attente, selon le degré d'urgence de la transplantation.

Attendre, patienter, languir, espérer ; autant de synonymes qui reflètent la difficile période que vit le patient entre le moment où le diagnostic de greffe a été posé et celui de l'intervention. Pendant cette période, très variable dans le temps, la personne en attente de greffe se rend régulièrement au centre de transplantation ou chez son médecin si la distance géographique est trop importante. L'objectif est de contrôler l'évolution de la maladie à l'origine de la greffe ; sil y a aggravation, le patient deviendra alors prioritaire sur la liste. Il s'agit aussi de vérifier qu'il n'y ait pas de nouvelle contre-indication à l'intervention. Au cas où un problème se pose, une infection par exemple, le patient est alors retiré provisoirement de la liste d'attente, le temps de traiter le problème. Puis il est replacé sur la liste d'attente, selon le degré d'urgence de la transplantation.

Angoisse et culpabilité
Pour Karinne Guéniche, dans son livre L'énigme de la greffe. Le je, de l'hôte à l'autre1, "en médecine, peu de procédures confrontent les patients à un degré d'angoisse aussi important que celui expérimenté lors de la transplantation et plus particulièrement lors de la période d'attente du transplant." Angoisse qu'il n'y ait pas de greffon, de voir la maladie s'aggraver, de ne pas entendre le téléphoner sonner lors de l'appel de la transplantation ou que l'intervention échoue. Mais il peut aussi exister une part de culpabilité chez le patient en attente de greffe. "Quelque part, ce patient attend avec espoir la mort de quelqu'un, explique Daniel Suzanne, docteur en psychologie clinique et auteur d'une thèse sur le travail de la greffe. Cela peut être très perturbant." C'est pourquoi de nombreux centres de transplantation propose des entretiens avec un psychologue avant la greffe pour aider les personnes prochainement transplantées à mieux vivre cette attente et à ne pas avoir de culpabilité vis-à-vis du donneur. "Il faut leur rappeler, souligne Daniel Suzanne, que ce n'est pas de leur faute si une personne va mourir".

Trouver des réponses à toutes ses questions
La période d'attente est aussi un moment à mettre à profit pour poser à l'équipe médicale ou paramédicale toutes les questions en suspens. Il s'agit de préparer au mieux la greffe et ce qui va se passer ensuite. Brigitte K., par exemple, a profité de cette période pour se rapprocher d'une association de patients. "On n'ose pas toujours poser toutes les questions au médecin. On se demande ce qui va se passer après dans la vie de tous les jours.
C'est pourquoi, cela m'a été très utile de rencontrer d'autres personnes qui étaient
déjà passées par là et pouvaient me parler avec des exemples concrets de ce qu'elles avaient vécu.
" Depuis Brigitte a eu envie de rendre la pareille et s'est investie au sein de la Coordination des transplantés d'Alsace.
A savoir aussi que de nombreuses associations (cf. rubrique liste des associations) mettent à disposition des patients qui en ont besoin des téléphones portables pour être joignables à tout moment par le centre de transplantation.

La vie avant tout
Reste que même si l'attente du greffon est un moment difficile, la vie reprend vite ses droits. Certes, les premiers jours après l'inscription sur la liste, nombreux sont ceux qui restent près du téléphone ou qui appellent fréquemment le centre de transplantation de peur d'avoir manqué un appel. Mais ensuite, petit à petit les habitudes sont reprises. Comme cette patiente de Rouen, suivi par le docteur Nafeh-Bizet (76), qui fut toute surprise de recevoir un appel pour sa transplantation alors qu'elle était en plein dans ses préparatifs d'anniversaire de mariage, ou comme le raconte le professeur Jean-Benjamin Stora dans Vivre avec une greffe, accueillir l'autre2, l'histoire d'Alain, appelé alors qu'il était en train d'organiser ses vacances.

L'essentiel
1/ Lors de la période d'attente, le patient se rend régulièrement à son centre de transplantation pour une évaluation de l'évolution de sa maladie ou pour déceler de potentielles contre-indications temporaires.
2/ L'angoisse et la culpabilité sont des sentiments souvent ressentis par le patient. Toutefois, cette période peut être mise à profit pour rencontrer un psychologue, interroger l'équipe médicale sur ce qui va se passer ensuite ou entrer en contact avec des associations de patients.
3/ Après des premiers jours difficiles pour le patient, la vie reprend généralement vite ses droits et c'est parfois avec surprise que l'appel tant espéré est parfois reçu.

1 Karinne Guéniche, L'énigme de la greffe. Le je, de l'hôte à l'autre, Editions l'Harmattan , Paris, 2004, 233p
2 Jean-Benjamin Stora, "Vivre avec une greffe, accueillir l'autre", Editions Odile Jacob, mars 2005, Paris, 305 pages.


 

 

Modifié le 02/08/2006

Citation dans une note de lecture sur cairn.info


Notes de lectures

JACQUES ASCHER, JEAN-PIERRE JOUET, La greffe, Préface de Michel de M’Uzan, postface de Nicole Alby, Editions PUF, 2004, 237 pages, 19 €


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Un psychanalyste, Jacques Ascher, et un médecin hématologiste, Jean-Pierre Jouet, présentent un ensemble de questions auxquelles ils ont été confrontés par la pratique d’allogreffes de moelle osseuse qui relève d’une approche médicale, lourde et très sophistiquée sur les plans technique et scientifique. Leur réflexion porte sur un “travail sous le regard de la mort”, sur le don, la dette, le dégagement de la créance entre donneur et receveur, sur les problèmes identitaires et éthiques qu’une telle intervention implique, sur la place du corps érogène dans son articulation au “corps médical” somatique, sur la signification et la mise en jeu causées par la maladie cancéreuse elle-même, “maladie du nourrisson dans l’adulte” qui consiste en une attaque très précoce des liens avec réactivations de clivages psychosomatiques.

2

La proximité des problématiques propres aux plans médical et psychanalytique s’exprime par le choix des vocables utilisés et par la mise en jeu de mécanismes analogues qui entrent en résonance. Une transplantation consiste en l’introduction d’un élément étranger dans la machine corporelle défaillante ; elle permet d’envisager la poursuite de la vie, là où la mort, sans cela, serait assurée. L’idée d’un corps qui soit une unité homogène relève de plus en plus d’un “leurre narcissique et la consistance identitaire, d’une illusion.” Cette conception s’apparente à celle de l’identité psychique proposée par Michel de M’Uzan qui a avancé les notions de spectre d’identité et de chimère psychologique.

3

Davantage que la greffe d’organe, celle de cellules souches hématopoïétiques, problématise ce qui a trait à l’identité et à la continuité de l’être ; ceci s’explique par le fait que la greffe de moelle osseuse nécessite l’introjection, s’appuyant sur des fantasmes d’incorporation, d’une entité “fluide”, “miscible”, venant d’un donneur dans l’organisme d’un malade qui est confronté à des régressions massives qui réactivent la césure engrammée de l’Hilflösigkeit. Il s’agit de la greffe “d’un tissu ubiquitaire informe tendant à diffuser partout, pouvant empiéter sur l’identité du receveur”, d’une greffe susceptible d’entraîner des changements au plus profond de l’individu (ce dont témoigne le remplacement de son groupe sanguin ABO Rhésus par celui du donneur). Une “chimère biologique” se constitue. Le problème est celui de l’identité avec de l’autre en soi, au niveau corporel et au niveau psychique. Ce d’autant que la moelle osseuse et le sang sont de puissants “attrapes-fantasmes” (Ginette Raimbault). Le sentiment d’identité n’est jamais un acquis définitif, ni au niveau corporel, ni au niveau psychique.

4

Mais, les cellules immuno-compétentes greffées peuvent attaquer l’hôte et le transformer en écorché vif avant de le tuer ; l’intolérance n’est plus “celle de l’autre par soi, mais celle de soi par l’autre en soi”, c’est la réaction du greffon contre l’hôte. L’hôte devient l’intrus. Inversement, dans les cas favorables, ces mêmes cellules, en plus de leur action substitutive, peuvent avoir un effet bénéfique, l’ “effet allogènique”, qui permet d’envisager des modalités thérapeutiques nouvelles, “greffes avec conditionnements non myélo-ablatifs, ou allégées”, grâce à l’immunothérapie anti-tumorale ou thérapie cellulaire.

5

De nombreuses questions éthiques sont liées au choix du donneur (secrets de familles, non-dits dans lesquels, à son “corps défendant”, le médecin peut être impliqué), mais aussi à la possibilité de recours à des “enfants-médicaments”, des enfants “pour la greffe”, ce qui ouvre le débat vers ce que pourrait offrir la médecine, une médecine sans l’humain : vers l’éventualité imminente d’une greffe sans donneur certes, mais aussi vers l’idée et la possibilité de la création d’humain sans humain, ce contre quoi les auteurs s’élèvent, il ne pourrait y avoir d’humain sans altérité.

6

Les auteurs terminent ce livre, très original et très riche quant à la qualité et à la multiplicité de ses orientations, sur le développement d’une médecine dite post-moderne qui, en l’absence d’une élaboration approfondie sur les enjeux en cause, pourrait n’être pas sans analogie avec la déshumanisation qui a caractérisé les désastres que furent les deux guerres mondiales, Auschwitz, Hiroshima et la bombe atomique.

7

La traversée d’une expérience limite où l’intervention n’est nullement assurée de sauver la vie du patient est susceptible d’éveiller des processus de désubjectivation et rend irremplaçable la présence d’un psychanalyste “sans divan” afin que puisse s’accomplir le “travail de la greffe” (D. Suzanne) par le patient, ainsi que l’ensemble des opérations psychiques nécessaires à l’ “intériorisation du greffon en soi” et apparaître une activité psychique de représentation et de symbolisation de l’événement, en lui-même “insensé”; le travail de l’analyste est fondamental avant et après la greffe auprès des patients, de leur entourage, de la famille, du donneur, des équipes soignantes et des médecins, et aussi pour préciser la place de la médecine qui tenterait de remplacer l’humain par de la techno-bio-science ; la tiercéité de l’analyste est garante de l’altérité nécessaire à la réflexion qui s’impose.

8

Dans ce livre remarquable, est mis en exergue le caractère essentiel d’une collaboration de qualité entre les représentants des disciplines respectives que sont la psychanalyse et une spécialité médicale, ici l’hématologie, lors d’interventions de plus en plus complexes qu’autorisent les progrès inéluctables de la médecine.

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Dr Dominique Baudesson
Psychanalyste, S.P.P.


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