Des idées reçues sur la psychologie

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janvier 2016

Sciences

A l’encontre des idées reçues sur la psychologie

Dominik Joswig

Les personnes au physique avantageux, les seniors et les fans de Facebook

Susanne Donner

Il existe une telle pléthore de mythes en psychologie qu’il faut forcément se restreindre pour faire un choix. Et tant qu’à faire, autant se limiter arbitrairement à deux minorités (les seniors et les beaux) et à un mouvement de masse (les utilisateurs de Facebook).

Physique avantageux, vraiment un avantage ?

Selon les psychologues, les individus au physique avantageux s’en sortent plutôt bien à de nombreux égards. Par rapport aux autres, ils passent pour être de meilleurs interlocuteurs, plus performants et davantage à même de s’imposer. Ils obtiennent plus souvent une promotion et gagnent mieux leur vie. En d’autres termes, ils ont plus de chance. Cela dit, deux études datant respectivement de 2010 et de 2011 révèlent que certaines expériences portant sur l’impact de l'apparence étaient trop superficielles. Dans le cadre de deux études germano-américaines, quelque 3 000 étudiants ont examiné des dossiers de candidature comportant une photo. Les examinateurs avaient certes tendance à donner la préférence aux candidats ayant un visage avenant, mais uniquement lorsqu’ils appartenaient au sexe opposé. Les chercheurs de l'équipe de la psychologue Maria Agthe supposent que les personnes ayant une belle apparence suscitent l’envie ou sapent la confiance en soi des autres. Au vu de ce qui précède, les beaux gosses auraient intérêt à se rendre à un entretien d’embauche mal rasés et les cheveux en bataille s’ils ont rendez-vous avec un homme.

Cela dit, il n’existe pas de préparation parfaite à ce type d’entretien. Car les recherches les plus récentes révèlent que la beauté réside bien plus qu’on ne le pensait dans le regard de l’observateur. Certes, un visage aux traits réguliers et symétriques est communément considéré comme plus esthétique ; mais de là à déterminer quel type de visage accroche le plus le regard, c’est une autre paire de manche. Et même les vrais jumeaux ne sont pas d’accords. Ce constat, communiqué en 2015 par Laura Germine du Massachusetts General Hospital de Boston et de la Harvard University, a surpris tout le monde. Le parcours de vie individuel d’une personne, comme par exemple la physionomie de son premier amour, pourrait expliquer ces divergences en termes de canons de beauté. Et pour revenir à notre entretien d’embauche, qui connaît les ex de son chef potentiel, et a fortiori les traits de leur visage ? On ne peut donc pas prédire si l’apparence d’un candidat suscitera l’envie ou la sympathie du recruteur. 

Pour vivre vieux, vivons  ronchon?

A en croire la psychologie de comptoir, les optimistes seraient également fort bien lotis car la « pensée positive » et le « pouvoir des bonnes pensées » permettrait de surmonter tous les problèmes. Or, ce principe ne s’applique pas ou peu aux plus de 65 ans. C’est du moins ce qui ressort d’une étude de 2013 menée auprès de 30.000 personnes en Allemagne. En effet, les seniors qui ont une vision particulièrement positive de l’avenir tombent plus souvent malades et meurent plus tôt. Le risque de décès prématuré est même supérieur de 10 % à celui des pessimistes. Pourquoi donc ? Selon le psycho-gérontologue Frieder Lang de l’université d’Erlangen-Nuremberg, les pessimistes se préoccupent davantage de leur santé car ils s’attendent toujours au pire.

Rien ne se joue plus après 70 ans ?

Les aînés ont également surpris les psychologues sur un autre point, qui ressort également de l’étude menée auprès de 30.000 répondants. On pensait jusqu’ici que la personnalité humaine arrivait à maturité vers 30 ans et qu’après, elle n’évoluait plus que très peu, indépendamment des changements de postes, décès, mariages, divorces, naissances. Or, à partir de 70 ans, le caractère d’un senior sur quatre change de façon radicale. Des personnes colériques deviennent douces comme des agneaux alors que d’autres qualifiées de bonnes pâtes se transforment en empêcheurs de tourner en rond. Des gens dépourvus de curiosité goûtent tout d’un coup leur premier verre de gin ou décident de partir en croisière. Les raisons de ces changements restent mystérieuses, même pour l’équipe de chercheurs de la psychologue Jule Specht de l’Université libre de Berlin, qui a dirigé la publication des résultats de l’étude en 2014. La seule chose dont les scientifiques sont sûrs est que ça n’a rien à voir avec la retraite, les petits-enfants ou la déficience fonctionnelle.

Du coup, ne vous étonnez pas si Papi et Mamie, qui ont été réfractaires toute leur vie à la technique, achètent tout d’un coup un smartphone. Ils changent, tout simplement. Alors que nous-mêmes nous accrochons désespérément à nos bonnes résolutions du Nouvel An pour arriver enfin à changer nos habitudes : grignoter moins de chocolat, moins regarder la télé ou passer moins de temps sur Facebook.

Des antisociaux sur les réseaux sociaux ?

A ce propos, les psychologues se sont aussi intéressés aux réseaux sociaux pour savoir quels types de personnes y étaient les plus actives. On pourrait penser que tout le monde est potentiellement concerné mais c’est faux. Les plus actifs sont des narcissiques qui aiment se mettre en scène et surtout poster des selfies. Selon une étude menée en 2015 par Jesse Fox, une spécialiste du comportement de l’Université d’Ohio, et qui portait sur 800 internautes masculins et sur leur page perso, ces hommes seraient même enclins à des comportements antisociaux voire psychopathes. Attention aux narcissiques du sexe dit fort sur le Web, pourrait-on en déduire. Or, la chercheuse ne s’est pas penchée sur les femmes. Il pourrait donc y avoir autant de personnes imbues d’elles-mêmes parmi le beau sexe. Sans oublier que « qui se ressemble s’assemble », un adage qui n’a pas été remis en question pour l’instant par la recherche en psychologie.

©Daniel 2017