Des idées préconçues au sein d'un groupe

Par: Sophian Bourire 
10/04/13 - 13h15

© Thinkstock.

D'après les études des psychologues, il est étonnamment facile de développer des idées préconçues au sein d'un groupe, écrit la BBC.

Un des aspects les moins charmants mais néanmoins persistants dans la nature humaine est notre capacité à détester les personnes différentes de nous. Racisme, sexisme, âgisme; il semble que les principaux groupes sociaux ont leur propre "-isme", chacun alimenté par l'intolérance et des préjugés regrettables.

Notre tendance à nous regrouper est si forte que, semble-t-il, la psychologie n'a pas grand chose à nous enseigner dans le domaine. Ce n'est en effet pas comme si nous avions besoin que l'on nous apporte la preuve de notre tendance à préférer un groupe à un autre. Il suffit de regarder l'Histoire pour en trouver quelques exemples.

Pourtant, un psychologue, Henri Tajfel, nous a appris quelque chose d'important en la matière: il a démontré le peu d'encouragement dont nous avons besoin pour traiter les gens différemment, simplement parce qu'ils font partie de tel ou tel groupe social.

En tant que psychologue social, M.Tajfel voulait déterminer ce qui faisait changer d'avis une personne impartiale. Il a décidé d'observer notre façon de penser lorsque nous faisons partie d'un groupe, même si le groupe en question n'avait pas d'importance historique, culturelle ou pragmatique, comme c'est généralement le cas. Pour ce faire, il a imaginé ce que l'on appelle désormais le "paradigme du groupe nominal".

Voici comme cela fonctionne: les sujets sont séparés en deux groupes de façon arbitraire (couleur des yeux, peintures préférées ou encore tout simplement par "pile ou face"). La formation du groupe n'a en effet pas d'importance, du moment que chacun fasse partie d'un groupe et qu'il sache duquel il s'agit.

Une fois que les participants savent de quel groupe ils font partie, ils sont séparés de façon à être seuls au moment de prendre une série de décisions au sujet du partage de récompenses au sein du groupe. À partir de là, l'appartenance à un groupe est tout à fait abstraite: personne ne peut être vu et aucun nom n'est connu (on désigne les autres membres du groupe par leur numéro anonyme). Ainsi, les participants proposent des choix du type: "Le membre numéro 74 (groupe A) se voit attribuer 10 points et le membre 44 (groupe B) se voit attribuer 8 points", ou "le membre numéro 74 (groupe A) se voit attribuer 2 points et le membre 44 (groupe B) se voit attribuer 6 points" (les points sont convertis en argent).

Vous ne serez pas surpris d'apprendre que les participants montrent du favoritisme envers les membres de leur propre groupe au moment de partager l'argent. Les personnes du groupe A choisissent le plus souvent la première proposition. Ce qui est surprenant, en revanche, est que les participants montrent tout de même du favoritisme, même si cela leur fait perdre des points. Ainsi, les membres du groupe B choisissent parfois la seconde option, et ce en dépit du fait qu'elle leur rapporte moins de points.

Les sujets semblent opter pour la récompense maximale mais ont aussi tendance à faire en sorte que la différence entre les deux groupes soit la plus grande possible.

Rappelons que si les participants savent à quel groupe ils appartiennent, ils savent aussi qu'ils n'en faisaient pas partie avant l'expérience, que le choix était arbitraire et complètement aléatoire et que les groupes formés n'existeraient plus après l'expérience. Ils savent en outre que leurs choix ne les affectera pas directement (on leur explique clairement qu'ils n'auront pas à faire de choix à propos d'eux-mêmes). Pourtant, cela suffit pour provoquer du favoritisme.

Il semble donc que nous avons tendance à interpréter le moindre signe pour traiter différemment les gens en fonction de leur groupe d'appartenance. Le travail de M. Tajfel laisse penser que les a priori au sein d'un groupe sont aussi fondamentaux dans la pensée que l'acte de catégorisation en lui-même. Si nous voulons contribuer à un monde plus juste, nous devons nous efforcer d'être sur nos gardes afin d'empêcher cet instinct de prendre le dessus.

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1506/Sciences/article/detail/1612089/2013/04/10/Comment-naissent-les-prejuges.dhtml


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